RUINES
Par Mr. AZZI Mohsen enseignant, traducteur et poète algérien.
« Relevant ces corps qui s’étendent
Là dans les rumeurs du deuil
Parmi d’autres leur faisant écho
Alors que sous les prestiges d’une vie
Se clôt l’ultime regard qui coud les paupières
Sur les bords ramenés d’un linceul
Une vieille main faufile déjà la suture
Quand s’engourdissent les douleurs »(i)
TOUT est ruines autour de moi
Et je ne vois que ruines ici bas,
tous mes sens sont en émoi
Rien ne vaut vraiment la peine, j’entends sonner le glas
Je marche entre les décombres de mon existence,
Le bateau sombre en une indignante déliquescence
Tout tombe en ruines en ces terres abandonnées
Il semblerait que l’humiliation soit écrite sur nos fronts !
Tout ce que j’ai bâti jusqu’à présent d’entre mes mains s’effrite
Et s’échoit sur le sol de la déchéance de mon âme
Mes yeux ne voient que des murailles bâtisses et néant, se putréfiant
Dans le gouffre des décombres de la désolance collective
Le pays hier foulé au pas et humilié sur le tapis vert de la gloire de mes voisins
Comme les bas-reliefs sur les murs des monuments historiques
Les mots inscrits sur les parois de ma mémoire s’effacent
Au gré du temps épique !
Mon esprit tel les pierres d’un vieux château oublié
Se craquèle, j’oublie presque tout les visages d’êtres autrefois croisés
Sont pour moi que des fantômes, et la réalité se confond avec l’imagination.
Tout se brouille dans le brouillard informe et vague
Mon vers perd la force créatrice du génie
Il n’a plus d’éclat, plus de vision lointaine,
Je perds le cap de Bon Espérance
Où est ma vie antérieure ?
Tout s’est rapidement écroulé
Comme suite à un ras-de marée implacable
Je me sens hors du temps
Hors de ma conscience géographique
Chaque jour, un bout de moi
Se détache et roule loin de moi
En marchant sur le sentier ténébreux et chaotique de mon inconscience
Mon corps se décompose et part en lambeaux
Touchant le rebord de mon impuissante incandescence
La vie forge nos entités débridées
où chaque coup de fer façonne douloureusement le visage de nos âmes dégradées
Chaque jour qu’éclaire le soleil mon champ sombre et désolé
Des souvenirs nostalgiques, comme des plantes grimpantes
Lézardent sur les murs de ma mémoire.
De l’inconscience de mon esprit (mémoire),
Aux confins de mon oubli
Je lutte contre les assauts de
L’agitation nocturne
Telle une bâtisse vieillissante de notre glorieux passé,
Notre jeune histoire avec fracas,
S’est effondré.
Le retour sur toutes ces tombes mobiles (limpides)
Et notre obscurité en contrepoint
Tous ces gisants qui œuvrent nous retailler
Jusqu’au plus infime détail
Comme si de glisser dans la mort
Revenait à se soucier de l’arachnéen suaire
Telle une petite fille qui apprend à cheminer
Aveuglant l’espoir de la douloureuse
Poussière montante
De la chute précoce
Seul abandonné, meurtri par la blessure de l’infâme
Trahison des mers.
Les bruissements résonnent dans ma tête sous les pas fragiles
des craquements d’os des cadavres
de mes rêves….
Entouré du Néant mondain,
Reliquat d’un fossile
Tout me paraît incompréhensible
Ruines sur Ruines
Explosion Révolutionnaire
Trahison morbide
La vie n’est qu’une illusion
Une pure illusion
Alors traînant ma frustration
Etouffée comme un boulet brûlant
Je franchis le seuil du Cimetière terrien
Par quelques invocations sacrées
Et un silence de Fin du Monde
Je suis accueilli dans le Cimetière
De ma ville natale
Je lance au vent : « Oh ! Morts ! Vous êtes les prédécesseurs
Et nous sommes vos successeurs au fond des tombeaux ! »
Suite à quoi, j’ajoute ces quelques vers : « Je ne sais pas qui des morts ou des vivants sont les plus heureux d’entre nous ».
J’avance de quelques pas, et trébuche contre une tombe béante
Fraîchement creusée
Soudain, j’aperçois au dessus de moi, un grand trou par lequel se précipitent toutes mes frustrations, angoisses, désillusion et désespérance qui s’abattent sur moi en me jetant vers ce passage de l’au delà !
Parce que le Cimetière n’est pas la fin mais l’endroit du commencement de la Vraie vie.
Au fond de ce carré glacial, je me résigne à me dire
Que finalement c’est ma destinée, fatale, inéluctable.
Sur ce, je prends une profonde respiration, et je sens une légère secousse
Qui déverse sur moi, un monticule de sable, m’enveloppant
Je garde un dernier souvenir d’une voix distante comme d’un fantôme du pilier de mon ancienne vie, autrefois connue….
Et je reste immobile sentant mon âme me quitter comme un ultime abandon
A tout jamais, cette fois-ci….
(i) Poème tiré du recueil de Malek ALLOULA Rêveurs /Sépultures suivi de Mesures du vent poème, éd. Barzakh, Alger, octobre 2007, p. 33.